À dix-sept ans, j'ai quitté Natitingou avec un sac et une bourse d'études pour les États-Unis. Je ne parlais pas anglais. Je connaissais à peine le basket : j'avais commencé quelques années plus tôt, presque par accident, parce qu'un recruteur avait remarqué ma taille lors d'une visite à mon grand frère.
On raconte souvent cette histoire comme celle d'un talent qui s'échappe. Je la raconte autrement : c'est l'histoire d'une porte qui s'est ouverte une seule fois, pour un seul garçon, dans une ville qui en méritait mille.
La dette
Tout ce qui a suivi, Villanova, les saisons professionnelles, la Coupe de France, le MBA, découle de cette porte. Et cette porte, je ne l'ai pas ouverte seul. Une mère qui cousait pour payer l'école. Un frère qui jouait avant moi. Des coachs, des familles d'accueil, des inconnus qui ont dit oui. On appelle cela la chance. J'appelle cela une dette.
MY BARIKA est ma façon de la rembourser. Barika veut dire bénédiction. Depuis 2018, l'association utilise le sport et l'éducation pour créer des opportunités pour les jeunes du Bénin : des bourses scolaires, des camps de basket ouverts aux filles comme aux garçons, un concours national d'éloquence, Les Voix de Demain, et des panels pour préparer les athlètes à leur seconde carrière.
Ce que je vois là-bas
À chaque retour, je vois la même chose : le talent n'a jamais manqué à Natitingou. Ce qui manque, ce sont les structures, les terrains, les mentors, et quelqu'un pour dire à un enfant que son avenir peut être plus grand que son quartier. Un ballon et un livre suffisent parfois à changer une trajectoire. J'en suis la preuve.
Je ne retourne pas à Natitingou par nostalgie. J'y retourne parce que la porte qui s'est ouverte pour moi ne doit pas se refermer derrière moi.
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