Le jour où le téléphone s'est tu

Un tendon d'Achille, un téléphone silencieux, et la question que chaque athlète finit par affronter : qui êtes-vous quand le maillot tombe ?

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Auteur
Mouphtaou Yarou
Publié le 15 Jul 2026
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#transition #basket #reconversion #athlètes

En février 2019, sur le parquet de la salle Antarès au Mans, mon tendon d'Achille a cédé. Pas de contact, pas de faute. Juste un claquement sec, et le silence particulier d'une salle qui comprend avant vous que quelque chose de grave vient d'arriver.

On m'avait préparé à beaucoup de choses. Aux défenses agressives, aux saisons longues, aux entraîneurs exigeants. Personne ne m'avait préparé à ce qui a suivi : le téléphone qui cesse de sonner. Pendant quinze ans, ma valeur se mesurait en rebonds et en minutes jouées. En quelques semaines, j'ai vu cette valeur fondre dans les yeux des autres. Des gens qui m'appelaient chaque semaine ont eu du mal à me dire bonjour.

Je ne raconte pas cela pour me plaindre. Je le raconte parce que c'est la partie du sport professionnel dont on ne parle jamais aux jeunes joueurs, et c'est pourtant la seule certitude de nos carrières : un jour, ça s'arrête. Souvent plus tôt que prévu. Rarement au moment qu'on aurait choisi.

La rééducation comme salle de classe

Les premiers mois, je me suis accroché à ce que je connaissais : le travail. Le matin, la kinésithérapie. L'après-midi, autre chose. J'ai étudié des cas d'entreprise, recherché des programmes de MBA, appelé d'anciens athlètes passés par cette traversée. Ma blessure m'a offert ce que le sport ne m'avait jamais laissé : du temps pour penser à la suite.

Je suis revenu sur les terrains. J'ai rejoué, retrouvé le plaisir du vestiaire, et j'ai fini par quitter le jeu selon mes propres termes. Cette nuance change tout. Partir en ayant préparé sa sortie, ce n'est pas la même chose que d'être poussé dehors.

Ce que je dirais à un jeune joueur

Votre sport est quelque chose que vous faites. Ce n'est pas la totalité de ce que vous êtes. Construisez, pendant que vous jouez encore, une identité plus profonde que vos titres : des compétences, des relations, une curiosité. Préparez votre prochain chapitre en silence, sans attendre la blessure qui vous y forcera.

Les transitions ne sont pas des échecs. Ce sont des salles de classe. La mienne s'appelait Antarès, un soir de février.

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